04.11.2009

Jeudi noir chez la marquise de Sévigné

Article paru dans l'Humanité - le 2 novembre 2009 - Société

L’association occupe un hôtel particulier, laissé vacant, de la place des Vosges.

Jeudi noir chez la marquise de Sévigné  ! Jeudi soir (jour anniversaire du krach de 1929), les militants de l’association contre le mal-logement ont investi un hôtel particulier du XVIIe siècle, désaffecté, au 1, de la très huppée et très belle place des Vosges, à Paris, où serait née la célèbre marquise. Jeudi noir entendait ainsi marquer le début de la trêve des expulsions et ses trois ans d’actions contre la cherté des loyers et la bulle immobilière.

« Cet ensemble immobilier de 2 000 mètres carrés est vide depuis quarante-six ans. Pourtant, il a été rénové plusieurs fois. Dans certaines pièces, il y a un four micro-ondes, un lave-linge… D’autres pièces, plus imposantes, n’ont pas été rénovées. Nous avons rétabli l’eau et l’électricité. Nous espérons bientôt avoir du chauffage  ! » se réjouit Manuel. Avec la quarantaine de militants présents, il profite de l’exceptionnelle vue sur la place royale et savoure le fait de n’avoir pas été expulsé illico. Pour lui, la réquisition, ou même l’expropriation de la SCI (société civile immobilière) propriétaire des lieux se posent. « Si nous sommes ici, c’est pour dénoncer le fait qu’à Paris trop d’appartements ou d’immeubles restent vacants alors que tant de gens cherchent vainement de quoi s’abriter, précise Manuel. Le choix du moment n’est pas neutre non plus  : la trêve des expulsions a commencé hier mais, contrairement aux engagements du gouvernement, elles existent toujours. La promesse de Sarkozy de ne pas laisser une personne oubliée à la rue est, elle, oubliée. De plus, nous avons l’impression que le ministère du Logement n’a plus de plan pour résoudre la crise. Tout juste avance-t-il quelques idées pour relancer la construction, ou la hausse des prix mais rien contre le mal-logement. » Sans la pression du monde associatif, les militants de Jeudi noir sont persuadés que rien n’avancerait. D’où leur installation chez la marquise. Opportune, puisque l’association s’était engagée à évacuer avant la fin novembre l’immeuble qu’elle occupait passage de la Bonne-Graine (Paris, 11e). « Sur le front du logement, l’hiver sera chaud », promettent ces militants.

Dany Stive

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