01.07.2011

A Paris, le Samu social n'accueille plus les femmes

Libération - 29/06/2011 à 14h31

Le centre d'hébergement d'urgence Yves Garel ferme ses portes ce jeudi, faute d'argent. Les hommes seront relogés. Les femmes seront envoyées dans d'autres centres, déjà saturés.

 

Par EMILIE BROUZE

Le centre d'hébergement d'urgence Yves Garel, à Paris.

Le centre d'hébergement d'urgence Yves Garel, à Paris. (Emilie Brouze)

Rachel, assise sur un sac rempli d'affaires dans le coin d'une cabine téléphonique, est pendue au téléphone. A l'autre bout, le 115. «C'est bon, j'ai une chambre ce soir.» Une chambre située de l'autre côté de la rue, au centre d'hébergement d'urgence Yves Garel. C'est là qu'elle dort le plus souvent depuis avril, après un hiver dehors. Ce sera sa dernière nuit ici: ce jeudi 30 juin, les portes de fer bleu turquoise du 66, boulevard Richard Lenoir ferment.

Yves Garel, dans le XIe arrondissement de Paris, est le seul centre d'hébergement d'urgence parisien géré par le Samu social à accueillir des femmes. Les locaux, «extrêmement vétustes», étaient mis à la disposition par la ville de Paris. Mais les coupures budgétaires de l'Etat, principal financeur du Samu social (92%) ont eu raison du centre.

Un nouvel immeuble devrait être construit d'ici quatre ou cinq ans. Rien de sûr. En attendant, les 70 hommes seront relogés dans un bâtiment provisoire dans le XVe. Pas de solution en revanche pour les 30 lits réservés aux femmes. Les crédits manquent pour bâtir un nouveau centre: elles seront envoyées dans des hôtels ou dans d'autres structures de la capitale, la plupart déjà engorgées.

Mercredi soir, plusieurs associations ont manifesté pour dénoncer le désengagement de l'Etat. Pour Xavier Emmanuelli, fondateur du Samu social de Paris, le gouvernement «ne comprend pas ce qu'est l'urgence sociale»: aujourd'hui, le Samu social «est en danger» à cause du manque d'argent. L'ex ministre de Jacques Chirac est inquiet, «c'est sparadrap et bout de ficelles» pour gérer la pénurie.

«Une vraie précarisation des femmes»

Le centre Yves Garel était ouvert toute l'année, de 19 heures à 11 heures du matin. De chaque côté d'une étroite cour où errent quelques personnes, le bâtiment des hommes sur la droite, celui des femmes à gauche. Non seulement il fournissait un toit, mais le centre accompagnait aussi les hébergés: médecins, travailleurs sociaux, psychologues ou alcoologues assuraient des permanences.

«Cette fermeture traduit bien l'état d'esprit du gouvernement: laisser les sans-abris se débrouiller, avec des gens très vulnérables», dénonce Jean-Baptiste Eyraud, porte-parole de l'association Droit au logement. Il rappelle l'obligation de l'Etat et des conseils généraux à trouver un toit aux sans-domicile. «C'est une décision criminelle, car quand on est dans la rue, on meurt», ajoute t-il.

Plusieurs associations pointent la situation critique des femmes les plus démunies. A Paris, 1700 places leur sont proposées en situation d'urgence. Selon une étude de la ville de Paris, leur part dans les appels au 115 est passée de 13,3% en 1999 à 16,7% en 2009. «Il y a une vraie précarisation des femmes sur Paris», expose Fatima Lalem, adjointe au maire de Paris chargée de l'égalité hommes/femmes. «Et pas assez de place pour elles.»

19.10.2010

Sept jours dans le Lyon des SDF

Immersion (1/3) – Alors que l’automne s’installe et menace les plus démunis, LeCourant.info publie le récit d’une semaine sans argent et sans domicile dans les rues de Lyon. Un témoignage poignant du quotidien des SDF.

« T’as une place, toi ? » Devant l’entrée du Père Chevrier (Lyon), nous sommes une poignée à attendre. Certains sont accroupis contre le mur, d’autres arpentent le trottoir l’oreille collée au portable. Farid fait des allers-retours vers la cabine téléphonique en chaloupant. Il n’a que 20 ans, mais connaît déjà bien la marche à suivre : appeler le 115 pour obtenir une place au foyer, et essayer jusqu’à minuit s’il le faut. Un agent de sécurité tient une liste où les noms s’inscrivent, se rayent. La nuit est tombée depuis quelques heures en cette fin avril et les candidats à l’hébergement s’impatientent. Sac au dos, un jeune Africain hurle en anglais au téléphone, qu’il finit par plaquer sur l’oreille du vigile. « Tareq Aljalawi… Ah ! Vous êtes déjà sur la liste ». Le nom était mal orthographié. Tandis que le veinard s’engouffre à l’intérieur, le gardien repousse les derniers arrivants, qui abandonnent et demandent des couvertures. Le foyer du Père Chevrier fête ses 60 ans cette année. Il a déjà vécu plus longtemps que nombre de ses pensionnaires.

Devant les portes closes, Bocar, 24 ans, relativise. Arrivé après 20h30, ce Congolais a « perdu » sa place. Il dormira « chez une connaissance ». Toutes les heures, les places non-occupées du foyer sont remises en jeu, et ceux qui ne se sont pas présentés à temps doivent retenter leur chance. Je n’ai pas demandé de lit : pour la première nuit, j’avais décidé de dormir dehors, me contentant d’un sac de couchage dans l’avenue Jean Jaurès puis, dès 5h du matin, des radiateurs du tramway.

Le lendemain, je retrouve Bocar dans l’étouffante salle d’attente d’un centre communal d’action sociale. Il est venu pour des tickets, moi aussi. Des tickets bleus pour les repas, des tickets jaunes pour les douches. Quant à bénéficier d’un mois de restaurant social municipal, j’apprends qu’il faut justifier d’un lieu d’habitation à Lyon. Même condition pour les douches. Les sans domiciles n’ont droit qu’à cinq repas par mois.

« Toutes les lignes de votre correspondant sont occupées ». Je passe l’après-midi à chercher un lieu où dormir, tandis que le 115 est injoignable. Près des toilettes publiques de l’avenue Jean Jaurès, nauséabondes sans même y entrer, deux hommes attendent. L’un est allongé sur un banc, pieds nus dans ses chaussures. L’autre porte un pansement qui lui dévore la moitié du front, laissant le reste du visage à la merci de l’acné. Je leur demande où ils comptent dormir. « Nous, on est dans l’armée, et tous les soirs, on est obligé de rentrer ! ». Je découvrirai plus tard que le Père Chevrier est leur caserne.

Première nuit agitée au foyer

Le Samu social ne répond toujours pas. En fin de journée, alors que je multiplie les tentatives, un message vocal m’invite à patienter ; enfin quelqu’un décroche. « 115 de Lyon, j’écoute ? » J’explique avoir déjà appelé quatre fois dans la journée. « On n’a pas eu beaucoup de places libres… Vous êtes nouveau ? Rappelez demain à 9h30, c’est là que ça se débloque. Essayez quand même dans une demi-heure ». Nouveau coup de fil à 22h. Mon interlocuteur hésite, comme s’il craignait que je refuse. « Il y a une place au Père Chevrier, ça vous dit ? »

Le Père Chevrier. Le foyer devant lequel je campais vainement, près de l’université Lumière – Lyon II. Le plus grand centre d’hébergement d’urgence de la ville, avec 188 places. Comme hier soir, des gens attendent agglutinés autour de l’entrée. L’agent de sécurité a changé, c’est un jeune. « On vient juste de m’appeler pour vous », dit-il en montrant son oreillette. Bref coup d’œil à l’intérieur de mon sac. « Pas d’arme, pas d’alcool ? » Je descends les quelques marches pour atteindre une grande salle. Sur un écran installé en hauteur, le Dr House retient l’attention de deux ou trois têtes blanches renversées sur des chaises de jardin. Ma présence à peine plus. Des éclats de voix attirent les regards en direction de l’entrée. Un ivrogne prend à partie le gardien qui déboule, furieux : « Il m’a traité de fils de pute, lui, on ne le laisse pas rentrer ! »

Dans la foule éparpillée en petits groupes, je reconnais quelques visages. Survêtement rouge et noir, le même qu’hier, Farid est là, assis, attentif aux conciliabules qui se déroulent dans son dos. Le préposé à l’accueil m’indique l’accès aux chambres, à l’étage au fond du réfectoire. Une porte coupe-feu et un gardien y filtrent les entrées. Derrière, une cage d’escalier jaunie conduit aux dortoirs répartis sur trois étages. Une quarantaine de « boxes » par étage ; terme d’habitude réservé aux accusés ou aux chevaux. Lit superposé dans 6m2 bleu turquoise, le box est une chambre séparée des autres par une solide cloison, au-dessus de laquelle les voleurs se glissent et les curieux se penchent. Dans les toilettes, un grand type nettoie les plaies d’un rasage à la va-vite. « C’est ton box, là ? » Il désigne une porte ouverte. Écoutant à peine ma réponse négative, il se saisit des couvertures et les emporte. Dans ma chambre, il n’y a pas d’oreiller.

L’odeur est terrible, assez forte pour chasser le sommeil. Sur le lit du dessous, mon compagnon de dortoir est déjà installé, et l’obscurité m’empêche de voir si ses yeux sont ouverts ou fermés. Quelques insomniaques traînent dans le couloir et s’invectivent. Inaudibles pour le surveillant qui n’a pas démarré sa ronde, trois étages plus bas. Quand le calme s’installe, tard dans la nuit, reste le frottement des corps contre le plastique froid de l’alèse. Tant que l’alarme ne se met pas en route, le bruit est supportable. Mon voisin de dortoir pousse un râle, précédé de mouvements frénétiques ; se masturbe, se shoote ou simplement cauchemarde.

« Regarde autour de toi, il n’y a que des zombies… »

Immersion (2/3) – Suite de notre reportage avec les SDF de Lyon.

En l’absence de volets, le soleil pénètre les chambres avant le surveillant et son tonitruant « bonjour messieurs ! » de 7h du matin, moins chaleureux. L’agent s’arrête dans le box attenant. Sur le lit du haut, un jeune Africain somnole. « Vous avez votre carte ? » La carte rouge délivrée à chaque nuit passée au foyer, celle qui indique le nom et le numéro de chambre. Le dormeur vide ses poches mais ne la trouve pas. « La chambre est insalubre, elle n’a pas été nettoyée. Vous allez avoir des microbes », explique l’agent. Comment le jeune homme est-il entré ? S’est-il simplement trompé de lit ? Apparemment, personne n’était censé passer la nuit dans ce box.

Pour la première fois, je découvre les pensionnaires du foyer à la lumière du jour, au petit-déjeuner. Mal réveillés, fébriles, guillerets, ils se resservent en pain et en brioche. Le plateau est en fer, les gobelets et les couverts en plastique. Un jeune homme à la coiffure soignée s’approche, mains dans les poches. Il présente bien, sourit, j’en viens même à me demander ce qu’il fait ici. L’inconnu, déjà sympathique, saisit alors son plateau entre quatre doigts, les seuls qu’il lui reste ; deux pinces de crabe. Après le petit-déjeuner, grand nettoyage. Nous sommes cantonnés à la cour, que les couples hébergés au foyer traversent et quittent en regardant par terre. Ils prennent leur douche les premiers et ne s’attardent pas, nous donnant une vision furtive de leur propreté, de leur confort – les couples ont une chambre individuelle – et de leur tendresse. On pourra les croiser plus tard sur les quais, main dans la main. Les douches ne déclenchent ni bousculade ni enthousiasme. Elles sont obligatoires le lundi et le jeudi, même si beaucoup y échappent. Les SDF aiment rire des déboires de ceux « qui ne se lavent jamais » et finissent par y être forcés. Dernière étape de la toilette, le déodorant, idéal pour se démarquer quand nous utilisons les mêmes savons et extraits de shampoing. Ce déodorant qui imprègne les vêtements et masque les odeurs, les amateurs s’en aspergent de la nuque aux chaussures.

« C’est un cimetière ici ! »

Sans argent, je suis une exception. Les clopes, les portables, les euros, tout s’échange et donne naissance à des dettes qu’on rembourse selon ses moyens. Un paquet de cigarettes, cinq euros. Le RSA payent les extras. Mehdi, petit chapeau et poignée de mains facile, vante ses bons plans et recommande le Palais de Justice « parce que là, les avocats, ils jettent des paquets de Marlboro entiers ! ». L’autre « bon plan », c’est de détrousser Franck, qui ne quitte jamais ses quatre sacs et son allure de marchand ambulant. Un jour, une dispute pour un MP3 non rendu ; le lendemain, une bagarre dans laquelle Franck prend quelques coups. En sueur, la victime dénonce à qui veut l’entendre « un racket, un système qui pourrit la vie des gens ». L’assaillant en voulait à ses affaires. Franck a appelé la police de sa propre initiative, tandis que son agresseur tourne autour de la cour du foyer en vociférant. La nuit tassera le différend.

« Dix paquets pour dix euros, ça t’intéresse ? » Dans la cour, flairant l’arnaque, Malek décline l’offre et continue à boiter d’un groupe à l’autre à la recherche de cigarettes. Son souffle rauque semble toujours le dernier, sa quête infinie. Fier d’avoir fait « 19 ans d’études », Malek, façon de dire qu’il a arrêté les cours à l’âge de 19 ans. Malgré sa mâchoire proéminente qui maltraite l’élocution, ce grand chauve se lance souvent dans de longs monologues et raconte « les douches chaudes où on peut rester le temps qu’on veut », son pantalon usé qu’il voudrait donner mais « seulement après l’avoir mis au pressing ».

Malek reste persuadé que Pierre Mauroy est là, parmi eux. L’idée d’un Premier ministre SDF le rassure. Comme beaucoup de pensionnaires, Malek est « malade » et crache une bile noire. Peut-être un cancer, ou autre chose. Handicapés physiques et attardés mentaux sont nombreux au foyer. On croise de grands enfants incapables de se prendre en charge, parfois même de monter seuls les escaliers et de remplir leur plateau-repas. Difficile de savoir quel rôle exact a eu la rue sur leur état. Elle les a rendus plus vulnérables aux accidents, comme celui qu’a connu le vieil Étienne, enveloppé dans son anorak noir. Il marmonne « c’est-vrai-c’est-pas-vrai ? » à chaque fin de phrase, cherchant l’approbation. Un abcès jaune se niche au coin de son œil droit. Arrivé en France en 1968, cet immigré nord-Africain a travaillé sur les chantiers navals de Marseille et de Nîmes et sur les chemins de fer. Sa manche cache une protubérance pointue au creux du bras, cassé il y un an lorsque deux voyous ont cherché à lui dérober ses affaires. Parfois, Étienne frappe son bras contre le mur, juste pour le sentir encore solide et vivant.

La télé et le film du soir n’intéressent plus personne dans le hall. Didier vient de s’étaler face contre terre, ivre, lèvres et front en sang. Quelques secouristes amateurs se précipitent pour le placer « en position latérale de sécurité », avant d’être chassés par les agents de sécurité. Pierre observe la scène, debout, et s’emporte face à « l’incompétence » des secouristes. « C’est un cimetière ici ! », ajoute ce fidèle du journal de 20h. Pierre énumère sur ses doigts les noms des personnes décédées au foyer. D’après lui, six en quatre mois. Une affichette épinglée sur un mur rend hommage à Adrien, 45 ans, « rappelé par le grand calamar ». Pierre s’éloigne doucement. « Regarde autour de toi, il n’y a que des zombies ! T’es jeune, casse-toi sinon tu vas sortir les pieds devant. Et regarde bien derrière toi ».

« C’est la prison ici… »

Immersion (3/3) – Suite et fin de notre reportage avec les SDF de Lyon.

Si les agressions et les vols sont réels, la paranoïa ambiante leur donne une importance démesurée. Nouvelle nuit au foyer et j’ai encore le même lit, le B324H, mais mon voisin du dessous a changé. En caleçon, il monte la petite échelle pour me mettre en garde. « Je me suis déjà fait voler trois portables et 200 euros. Faut mettre tes affaires sous ton matelas ». Il bricole une alarme – un briquet en équilibre sur la poignée de la porte – et me propose un joint. Il murmure qu’hier, dans cette chambre, « un gars s’est fait voler son portable ». Je lui explique que rien n’a été volé, il hausse ses maigres épaules. La nuit est pénible, entre bruits d’eau et lumière allumée. Au réveil, mes affaires sont toutes là. Sur la paroi du box voisin s’étale une grande trace d’urine.

Rituels matinaux à la cantine. En face de moi, un homme se sert de l’eau, y ramollit un sucre pour le mettre dans son yaourt. Puis il verse l’eau dans son café et enfonce deux ou trois brioches dans la poche de son blouson. Le bruyant Éric donne à voir sa mauvaise humeur. Théâtral, il jette le beurre salé « de merde », croise des pensionnaires d’origine asiatique et crache qu’il « y en a marre de ces Chinois qui nous envahissent ». Personne ne proteste, ses voisins acquiescent quand Éric dénonce « le gros pédé qui se balade à poil toute la nuit ». La soirée viendra confirmer que la paranoïa a aussi son versant sexuel : la peur de « l’homo », du « pédé ».

La place Jean Macé commence à se vider. Des jeunes filles courent pour attraper le dernier train et je n’ai toujours pas de lit. Dans la cabine téléphonique, Michel trépigne, incapable de joindre le 115. Un passant nous conseille d’insister. « C’est un pédé, l’écoute pas, il veut juste t’enfiler », lâche Michel. Lassé, il abandonne et part au foyer demander qu’on lui prête une couverture. Le gardien recommande d’être patient : « Il y a toujours de la place en ce moment ». Michel s’en fiche. Boucle d’oreille et fine moustache, il a été monteur de chapiteau, éboueur, tailleur de pierres. La rue, il y traîne seul « depuis un moment », assez pour savoir fabriquer des cigarettes avec des bouts de mégots. Il me tend sa bière et propose de m’acheter un soda. « T’inquiète pas, j’ai de l’argent ». À défaut de foyer, Michel connaît « un endroit ». Un local-poubelles derrière le Lidl. « Tu verras, c’est super, on pourra dormir tranquille. J’ai même le code de l’entrée ». Il me mène à un réduit, dont la porte n’a de poignée qu’à l’extérieur. « Tu ne me fais pas confiance, c’est ça ? » Michel maugrée et s’enroule dans sa couverture, évitant l’eau qui zigzague entre les containers. « C’est pas de la pisse », assure-t-il. Je m’éclipse sous un faux prétexte.

Minuit, une voix féminine sonne la fin du dernier round : le Samu social n’a plus de places. « Rappelez demain matin ». Suit un long silence. Je comprends que je vais dormir dehors et retourne au foyer à tout hasard. L’agent de sécurité m’interroge, surpris : « Le 115 vous a dit qu’il n’y avait plus de places ? » Il marque une pause. « Alors il n’y a plus de places ». De l’autre côté du trottoir, des amas de cartons et de couvertures cachent des sans-abris. Hier pensionnaires du foyer, aujourd’hui sous ses fenêtres.

Fuir son pays, fuir le foyer

Une routine s’est installée : repas au restaurant social, 115, nuit au foyer si possible. Une sieste sur l’herbe ici et là, au Parc de la Tête d’Or ou près du stade de Gerland, encore le 115. Et le matin, détour par le Relais SOS, un accueil de jour au sud-est de la ville. Collation offerte à 10h. J’y reconnais Yasser, un Soudanais rencontré près de la gare de Perrache. Il y buvait du rosé avec deux autres clochards. L’un d’eux, Sam, m’avait tendu la bouteille. Un geste amical et surtout une dette qui ne disait pas son nom. « Tu ramènes ta bouffe, on partage ». Distraction favorite : effrayer les promeneurs en aboyant sur leur chien. Sourcils aussi broussailleux que sa barbe, éponge à bave et à vin, l’intimidant Sam insistait. « Quand est-ce que tu payes ton coup ? » Je préférais partir.

Dans la petite cantine du Relais SOS, Yasser attend son tour. Il ne parle pas français. Arrivé en France par l’Italie, Yasser n’est à Lyon que depuis quinze jours. L’adresse du Relais SOS, c’est lui qui me l’a donné, jean blanc et veste de base-ball rouge, dents cramoisies à la racine. Serrant contre lui un grand panier de viennoiseries grasses et molles, un employé passe parmi nous. Chacun se sert par poignées, la mienne est trop timide. « Reprends-en ! » La bouche et les poches pleines, on parle politique. Attablé devant un journal gratuit, un jeune bègue craint « une guerre civile » après la loi sur la burqa. Debout, un révolté joue les profs d’histoire en s’adressant à une classe turbulente et imaginaire. Il a étalé devant lui des papiers et des stylos, et lance sur une table un cahier vierge. « Allez-y, écrivez là votre Histoire ! » L’interro surprise ne trouble ni les curieux assis devant un documentaire sur un requin préhistorique, ni les joueurs de dames et les cruciverbistes.

Au foyer du Père Chevrier, de telles activités sont rares. Cheveux courts enfouis dans le gel, Hassan tourne en rond en râlant. « Putain, c’est la prison ici ! Pour sortir, pour entrer… » Un type l’interpelle : « T’as connu la prison, toi ? Moi j’ai fait dix ans, je sais ». Hassan, 28 ans et petite taille, se tait. Le surlendemain, je le retrouve hilare : un vieil homme vient de lui souhaiter un bon week-end. Ses yeux plissés et humides invitent au rire sincère. « Un bon week-end, ici, au Père Chevrier ? » s’exclame Hassan, avant de m’entraîner pour une balade, parenthèse ensoleillée le long des quais. Il ne supporte plus le foyer. « Faudrait ramener une caméra et filmer tout ça. Les gens se rendent pas compte ». Hassan a quitté le Maroc pour une Française rencontrée sur Internet, renoncé à son poste de sapeur-pompier pour la rejoindre et l’épouser. La romance est brève, le visa à peine plus long : expiration dans deux mois. La procédure de divorce n’est même pas encore terminée. « Elle m’a eu », répète-t-il. Son ex-femme aurait déjà trouvé un autre Marocain.

Julien, un ami d’Hassan, rentre d’une virée au cybercafé. 22 ans, duvet d’adolescent et T-shirt presque trop étroit pour couvrir le nombril, un large ventre déformant le Bob Marley lippu imprimé sur son maillot. « Une meuf m’a donné son numéro. Un 08, tu crois que c’est vrai ? » Braguette cassée et ouverte sur un caleçon coloré, Julien glousse, fier d’avoir trouvé du travail. Décharger des camions. « C’est mon père qui m’a trouvé ça ». Hassan me murmure que « sa famille refuse de l’héberger ». Le rêveur Julien veut louer une camionnette pour aller au Maroc. « Maintenant ». Mettre les voiles, même pas très loin, l’idée obsède aussi Hassan, mais pas question de revenir à Oujda. « Personne ne voudra m’embaucher après ma démission ». Il se fait un peu d’argent grâce aux boîtes d’intérim, même si « c’est toujours la même qui rappelle ». En attendant, cet ancien étudiant en biologie assure la traduction des SMS, du français à l’arabe. Le foyer compte beaucoup d’étrangers, venus d’Afrique pour la plupart, mais aussi d’Europe de l’Est. Il y a même un Indien. Ils n’ont qu’une connaissance partielle du français, langue qu’Hassan maîtrise parfaitement. .« J’aimerais suivre une formation pour être éducateur. Ils ont quoi comme niveau, le bac ? Même moi j’ai mieux, comment tu veux qu’ils nous aident… »

D’un pas traînant, Malek s’approche de notre trio. Son arrivée est tellement lente qu’elle en devient un spectacle. « T’as pas une clope ? » Une dernière bouffée semble stagner dans sa bouche édentée, figée sur un vague sourire. Dans quelques jours, Malek va visiter un nouveau foyer. « Ici c’est du provisoire ». Il a effectué sa demande vers un établissement spécialisé il y a un an. « Là-bas, il y a du personnel et tout pour les gens malades, c’est mieux », récite-t-il comme un extrait de brochure. Dans la cour du Père Chevrier, regard aimanté au macadam et ses mégots fumants, la locomotive Malek repart en toussant.

Guillaume Pajot

10.07.2010

A Paris, un modèle d’hébergement pour les SDF

Situé dans un quartier chic de la capitale, le plus grand centre d’hébergement d’Emmaüs a rouvert ses portes le 7 juillet, après deux ans de travaux. Visite guidée.

L’adresse du plus grand centre Emmaüs d’Ile-de-France est inattendue. 71 ter, boulevard Pereire. Pour y accéder, sortir du métro du même nom, longer les courts de tennis en plein air bordés d'arbres centenaires et d'immeubles haussmanniens, puis tourner à droite. Une discrète inscription signale l’endroit, ouvert 24 heures sur 24 à partir du 7 juillet.

L’entrée est impressionnante. Un porche pavé qui donne sur une cour carrée, où un jardin en friche devrait se transformer rapidement en potager. Quatre bâtiments, de trois étages chacun, l’entourent. Blanc éclatant pour l’extérieur. Mur végétal sur l’un des toits. On allait oublier: la façade est classée.

A l’intérieur, l’orange le dispute au rouge, sans oublier les placards peints en vert. Un festival de couleurs qui fait dire à plusieurs reprises à Bertrand Dart, un des futurs chefs de service, que "c’est bien, ça ne fait pas hôpital".

En effet, en parcourant les 4000 mètres carrés du centre, on a plutôt l’impression d’arpenter les couloirs d’une cité universitaire. Murs blancs, portes équipées de lecteurs de cartes, cyberespaces à tous les étages… Partout, des grandes fenêtres, qui font entrer la lumière estivale. Et pour se protéger de la chaleur de juillet, les réfectoires sont équipés de climatiseurs.

Vers une humanisation des centres d’accueil

On est très loin des descriptions terribles du psychanalyste Patrick Declerck, qui s’immergea dans les années 1990 dans le quotidien du centre d’hébergement d’urgence de Nanterre. Violence, alcoolisme et dortoirs collectifs au rendez-vous.

La réhabilitation du centre Pereire, fermé pour travaux pendant plus de deux ans, s’inscrit dans la politique d’humanisation de l’accueil des sans-abri décidé par le gouvernement. Finis les dortoirs, vive les chambres individuelles ou doubles.

Idem pour les douches; chaque chambre dispose d’une salle de bain, équipée d’une douche à l’italienne, d’un lavabo et d’un WC. Du carrelage blanc brillant au mur et au sol.

Seule la vingtaine de "grands exclus" qu’accueillera le centre partagera des douches communes. Installé au rez-de-chaussée du bâtiment, cet espace bénéficiera d’une entrée à part, réservée aux membres des maraudes et du 115 qui accompagneront ici les "grands cassés" de la rue.

Ni centre d'urgence ni vrai logement

Le reste des lieux est consacré à l’accueil des sans-abri pris en charge habituellement par Emmaüs. Des hommes et des femmes dont le passage au centre Pereire est à durée indéterminée. "Les gens qui arriveront ici ne repartiront que lorsqu’ils auront un logement social", précise Didier Cusserne, délégué général de l’association.

Les 207 occupants auront tous le badge de leur chambre et le droit de personnaliser les quelques mètres carrés qui constitueront leur foyer des mois, voire des années durant.

Comme dans les autres centres Emmaüs, un règlement intérieur devrait progressivement organiser la vie des pensionnaires et des travailleurs sociaux.

Quelques jours avant l’ouverture, l’heure est à l’enthousiasme devant les travaux accomplis. "L’Abbé Pierre est en train de sourire là-haut", murmure, au cours de la visite, l’un des futurs travailleurs sociaux du centre. D’autant que c’est après un "coup de gueule" de l’Abbé que l’association avait récupéré les locaux, en 1993.

Avec les réaménagements effectués ces derniers mois (pour un coût de 8,5 millions d'euros environ), l’endroit pourrait bien devenir un modèle de "centre de stabilisation". Une nouvelle vie pour le 71 ter boulevard Pereire. Pendant l’Occupation, c’était une des adresses de la Gestapo.

19.04.2010

Derrière la vidéo choc, le quotidien d'un centre pour SDF

A la Boulangerie, centre d'hébergement d'urgence, Paris (Audrey Cerdan/Rue89).

Ça commencé par une vidéo reçue par e-mail. Des images de pissotières débordantes, de toilettes souillées, de mouches sur des murs. A la fin du film tourné en caméra cachée, posté sur YouTube sous le titre « SDF maltraités à Paris », l'adresse du centre d'accueil : La Boulangerie, 84, boulevard Ney, à Paris. (Voir la vidéo)


On téléphone. La personne au bout du fil n'a pas vu la vidéo. « C'était une caméra cachée ? C'est malhonnête. Bon, nous, on n'a rien à cacher. Vous voulez venir ? Venez. »

A la Boulangerie, centre d'hébergement d'urgence, Paris (Audrey Cerdan/Rue89).

20 heures, un soir d'avril. La Boulangerie, aux portes de Paris, une ancienne caserne convertie en centre d'hébergement d'urgence tenu par l'Adoma. Près de 400 sans abris dorment là tous les soirs depuis 2004. Principalement des étrangers sans-papiers, l'accueil y étant « inconditionnel » contrairement à d'autres centres. Seule condition : être majeur.

Le directeur du centre, Michel Lesénéchal, nous accueille. Les équipes déballent des draps jetables, des petites serviettes vertes et un kit d'hygiène à distribuer aux hébergés. Ils notent sur des post-it les numéros des casiers dans lesquels les sans-abris laissent leurs sacs pour la nuit.

Un centre « à bas seuil » : sommaire, mais propre

Là, ce sont les dortoirs, trois dortoirs « pas cosy » dit le directeur. Des lits superposés, beaucoup de promiscuité et le bourdonnement jamais interrompu de l'aérotherme. Les préfabriqués sanitaires et douches sont situés à proximité. Dans le jargon de l'hébergement d'urgence, on dit « bas seuil » pour ce type de dortoirs ; ça veut dire le minimum. Sommaire, gris mais propre.

L'un des dortoirs de la Boulangerie (Audrey Cerdan/Rue89).

Michel Lesénéchal revient sur l'état des locaux dans la vidéo :

« Je tiens à ce que ce soit propre et à ce qu'ils soient bien accueillis parce qu'ils sont suffisamment agressés comme ça. Etre à la rue, c'est déjà une agression.

Evidemment, si vous venez à 6 heures du matin, c'est pas pareil. Les toilettes sont forcément dans un autre état. Faire croire que c'est comme ça en permanence, c'est injuste pour ceux qui travaillent là et pour eux. »

 Les sans-abri les plus âgés sont accueillis en priorité

L'un des blocs sanitaire au CHU (Audrey Cerdan/Rue89).

Ils descendent du bus. Passagers particuliers dont le point commun est d'avoir composé le 115 pour pouvoir embarquer à bord.

Affrétés par la RATP, cinq bus, dont les départs s'effectuent quai de Jemmapes, porte Maillot…, se succèdent dans l'ancienne caserne, à trois quarts d'heure d'intervalle. Suffisamment pour que les premiers arrivés puissent dîner et libérer le réfectoire tenu par l'Armée du Salut avant l'arrivée du bus suivant.

Même à l'approche du printemps, la Boulangerie ne désemplit pas ; les structures d'accueil ouvertes l'hiver ferment leurs portes alors que les besoins sont les mêmes tout au long de l'année.

Le premier bus transporte en priorité les plus âgés, les plus vulnérables. Défilé silencieux et ordonné. La réinsertion doit être plus compliquée pour eux. Le directeur dit « non, ce n'est pas l'âge qui rend l'insertion difficile, ce sont les années, le temps dans la rue ».

Il raconte l'histoire d'un homme « récupéré ». Un boulot et un logement retrouvés ; une vraie réussite. Puis il y a eu « l'appel de la rue ». Michel dit que ça arrive parfois ces retours volontaires dehors. Pourquoi ?

« Ah. C'est cette vie dont ils ont pris l'habitude. Une vie un peu communautaire. »

Entre communautés, des histoires de vols, de mots mals choisis

Dans les bus suivants, des hommes plus jeunes. Venus d'Afghanistan, d'Afrique du Nord et subsaharienne… beaucoup reviennent tous les soirs. Tarek Slitane, responsable de la coordination des équipes, les voit passer depuis quelques années. Certains ont réussi à obtenir des papiers et à passer en phase de stabilisation mais beaucoup n'y parviennent pas :

« Ce sont des jeunes un peu perdus. Ils viennent en France en se disant qu'il vont trouver un travail. En arrivant, ils doivent affronter une réalité dure. Mais on ne retourne pas chez soi les mains dans les poches. Ils sont donc là, sans solution. »

Entre communautés, les conflits explosent parfois. Des histoires de vols, de mots mal choisis. Des agents de sécurité, présents toute la nuit, font des rondes régulières, y compris dans les dortoirs, pour éviter les dérapages.

Les casiers à disposition des usager du centre (Audrey Cerdan/Rue89).

Philippe, un Ivoirien, s'installe dans le bureau d'un des responsables du centre. Il a l'air très jeune malgré son crâne dégarni. Blouson bleu nuit, chemise bleu ciel. Michel Lesénéchal a raison : on les voit tous les jours mais on ne sait pas.

En réalité, Philippe a 45 ans. Il est même grand-père. Une bêtise de jeunesse, dit-il. Son fils vit toujours en Côte d'Ivoire et n'imagine pas que son père dort depuis deux ans dans un dortoir. Philippe dit qu'il ne se décourage pas, il se sent différent des autres, lui est un battant :

« Mon but, c'est de m'en sortir. Ça ne veut pas dire que je ne respecte pas les autres mais je crois qu'ils ne sont pas nombreux à avoir le même objectif que moi. »

 

« Je bosse pour des associations mais je n'ai rien de stable »

L'un des dortoirs de la Boulangerie (Audrey Cerdan/Rue89).

Quand il arrive à Paris à la fin des années 90, il caresse le rêve de créer sa boutique, taxiphones et réparations informatiques. Ça ne se passe pas exactement comme prévu :

« J'avais une sorte de stabilité quand j'avais un travail, je pouvais payer mon loyer. Je suis dans la maintenance informatique, c'est pas très physique.

Aujourd'hui, je bosse un peu pour des associations mais je n'ai rien de stable. Pas assez stable pour un logement en France. Je soutiens mon fils financièrement, c'est important pour moi qu'il s'en sorte. »

 

Ses papiers sont en règle. Il pourrait passer de l'autre côté, en stabilisation, il pourrait y bénéficier d'un parcours d'insertion. Il secoue la tête :

« Pas question. Je suis tout le temps à l'extérieur et j'ai une vie active. Je ne veux pas passer mes journées dans un centre. »

 

La plupart des SDF ne sont pas des « clochards célestes »

Parce qu'il refuse de se « clochardiser » sous prétexte qu'il n'a pas de toit, Philippe ne trimballe pas sa maison dans un sac ; ses affaires sont stockées chez un ami. La plupart des sans-abris ne sont pas des « clochards célestes », grands buveurs marginaux plutôt hostiles aux foyers et autres hébergements.

Philippe, lui, vit ces deux années comme un défi. Il se donne encore un an à la Boulangerie. S'il ne trouve rien, il rentrera au pays.

L'un des espaces de restauration du centre d'hébergement (Audrey Cerdan/Rue89).

Une alarme incendie retentit. Il rassure : « Quelqu'un a dû essayer d'ouvrir les portes de secours, elles donnent sur la cour. » Dehors, les jeunes fument, écoutent de la musique et parlent fort.

La nuit, les hommes passent le plus clair de leur temps à discuter, griller des cigarettes et dormir. Et parfois, ça pète. On se bagarre. Surtout les plus jeunes. Les trop bourrés et incontrôlables peuvent être mis dehors. Saïd raconte les tensions avec les Afghans :

« Ils se fâchent avec les Arabes mais surtout avec les Iraniens. C'est normal, quand ils traversent l'Iran en quittant leur pays, ils se font maltraiter par la police. »

 

« J'ai rencontré un Somalien, il m'a tout appris »

Saïd est libyen. Il a 38 ans et ne se trouve plus « très jeune ». Il a un bonnet sur la tête, un sweat, des écouteurs et une démarche un peu rappeur, bras ballants. Il a les yeux rougis, le regard noir. Il pourrait être de ceux à la vue desquels les vieilles dames serrent leurs sacs dans les bus :

« Pourquoi je suis dehors ? Je ne suis pas dehors. Je n'ai plus de logement mais je ne suis pas dehors. Quand je suis arrivé en France en 2005, j'ai vécu six mois dehors, sous le pont Louis-Blanc.

A l'époque, je ne savais pas qu'il existait des foyers, le Samu. J'ai rencontré un Somalien. Ils parlent arabe en Somalie. Il m'a tout appris. Il y a plein de façons de se parler entre nous. On parle le même français, appris dans la rue. »

 

Quand il parle, le voilà drôle. Il s'amuse beaucoup de cette première tente. Son accent arabe est mâtiné de sonorités italiennes. Un peu pour amuser, beaucoup parce qu'il a vécu plusieurs années en Italie :

« Là bas, j'ai attendu d'avoir des papiers. J'ai travaillé sur des ports, j'ai été pêcheur, je n'ai pas eu mes papiers et il n'y a plus eu de travail. Je suis venu ici. »

 

L'un des dortoirs de la Boulangerie (Audrey Cerdan/Rue89).

A Paris, il a travaillé sur des chantiers. Il raconte sa dernière expérience à Meaux. La construction d'un nouveau quartier, quatre mois de travail et un patron qui ne le paye pas. Quatre mois perdus. Sans papiers, il ne peut rien réclamer. Il rentre à Paris, cherche un nouveau chantier. Sans travail, il décide de quitter sa colocation de la place d'Italie :

« Je n'allais pas rester sans payer ma part. L'autre paye 600 euros, je payais 200 euros, ce n'était pas possible. Il ne m'a pas dit de partir mais je ne voulais pas rester sans payer. »

 

Cet hiver, le chauffage était en panne pendant près d'un mois

Le plus clair de son temps, à quoi le passe-t-il ? Et l'avenir ?

« Je cherche du travail dans les cafés. Il y a des rendez-vous chez des amis arabes pour trouver du travail. Le problème, c'est qu'en ce moment, il n'y a rien. Je me promène avec des amis. Eux aussi, ils sont vidés ; ils ne travaillent pas. C'est la vie. Il y a des gens qui travaillent et les autres, ils sont dans la merde.

L'avenir ? Il n'y a pas de futur chez nous, personne ne sait. Cette nuit, je vais fumer une cigarette et parler avec les autres. Après, je ne sais pas, c'est un autre jour.

J'ai envie de retourner chez moi, me marier. Chez nous, on dit que la vie, c'est de faire un enfant et de lui donner ton nom. C'est pas la mienne. Quand tu n'as pas de travail, tu manges, tu fais caca, tu dors, bon, c'est une vie d'animal, c'est pas une vie d'homme. »

 

Cet hiver, pendant près d'un mois, le chauffage était en panne. Des couvertures de survie, un peu comme celles des pompiers, avaient alors été distribuées à l'ensemble des hébergés. Ils ne s'en plaignent pas, parce que leur vie est dure.

Le réfectoire de l'Armée du Salut intégré à la Boulangerie (Audrey Cerdan/Rue89).

Photos : Le bâtiment qui abrite la Boulangerie, centre d'hébergement d'urgence, à Paris ; l'un des dortoirs du centre ; l'un des blocs sanitaire de la Boulangerie ; les casiers à disposition des usagers du centre ; l'un des espaces de restauration du centre d'hébergement  ; le réfectoire de l'Armée du Salut intégré à la Boulangerie (Audrey Cerdan/Rue89).

15.01.2010

Sadi Carnot : un accueil sans écueils ?

Dijon, par Julie Philippe | dijOnscOpe | jeu 14 jan 10 | 08:36

17h au centre d’hébergement d’urgence Sadi Carnot : les portes d’entrée s’ouvrent et déjà un petit groupe de personnes se faufile… Pour nombre d’entre elles, la rue constitue leur seul univers, un univers semé d’embuches et de dangers. Toutefois, certains ont un emploi, d’autres sont étudiants. Quel que soit leur profil, tous manquent de moyens pour se loger. A Sadi Carno, ils peuvent souffler quelques instants même si les conditions sont loin d’être idéales. Dès 8h le lendemain, il leur faudra quitter les lieux...

Des conditions vétustes

Certains individus trainent dans la "salle de jeux", d’autres se reposent dans les dortoirs. En cette nuit glaciale, ils seront une soixantaine à trouver refuge dans les dortoirs du foyer. Soixante, c’est la capacité maximale de l’établissement, mais "quatre places sont gardées pour les personnes qui peuvent arriver au milieu de la nuit", déclare Pierre, un jeune éducateur du foyer.

Sadi Carnot accueille donc un nombre important de personnes. Des gens qui pour la plupart préféreraient dormir ailleurs, comme Cédric 26 ans, un jeune homme souriant mais au regard triste : "Je suis ici depuis la mi-décembre ; je vivais sous une tente depuis huit mois mais avec les températures glaciales, j’ai dû me résoudre à venir. Cet endroit ne me plait pas, il y a des mauvaises odeurs dans les dortoirs et les sanitaires, certaines personnes ne se lavent pas et sentent vraiment mauvais. Mais je ne baisse pas les bras et c’est vrai que les éducateurs sont sympas." Effectivement, les lieux sont d’être en bon état et les miasmes parvenant aux narines donnent peu envie d’y passer la nuit.

Selon Pierre, le foyer va sans doute être reconstruit dans les années qui viennent. L’éducateur est bien conscient du problème : "Le foyer est vétuste et les sanitaires en mauvais état. Certaines personnes ne viennent pas à cause de ça." Comme d’autres, Shabani, un Kosovar d’une trentaine d’années, n’a pas eu le choix : "C’est difficile ici ; la chambre et les douches puent mais je suis obligé de venir car il n’y a pas de place ailleurs. Ce dont j’ai peur, c’est qu’un fou me poignarde en pleine nuit ; on ne sait jamais qui dort avec nous."

"De plus en plus de jeunes"

Il est vrai que comme beaucoup d’exclus du système, les gens qui viennent dormir à Sadi Carnot ont parfois des profils marginaux. "Les gens qui viennent au foyer ont souvent rompu tout lien avec leur famille et leurs amis. Il s’agit de personnes en  souffrance. On trouve beaucoup de jeunes, d’étrangers et d’alcooliques ou de consommateurs de drogues", affirme Pierre. Au cours de notre visite, nous constatons que les habitués des lieux sont majoritairement jeunes. Certains révisent leurs cours devant la télé allumée, d’autres discutent dans la salle des activités.

"J’étudie la productique en alternance mais c’est difficile d’étudier dans ces conditions et avec mes études et mon travail, je n’ai pas le temps de faire les démarches pour trouver un logement", nous confie Jérôme, un jeune Martiniquais aux traits fatigués. Selon, Pierre, cette année, les 18-25 ans sont très nombreux : "De plus en plus de jeunes viennent au foyer. Tous les jours, il y en a de nouveaux." Les propos de Pierre viennent renforcer un constat : la pauvreté est de plus en plus marquée chez les jeunes. Selon le Haut commissariat à la Jeunesse, en 2009, "32 % des jeunes de moins de 25 ans étaient sans emploi en France et 8,1 millions des 16-25 ans se situaient dans la catégorie qui a le taux de pauvreté le plus élevé."

Un avenir meilleur...

Tous ceux qui échouent à Sadi Carnot bénéficient d’un suivi. "Nous nous entretenons avec chaque personne et lui proposant une orientation dans des centres de réinsertion sociale ou des résidences sociales", explique Pierre, pour qui le principal problème se situe dans le manque de places dans les foyers de réinsertion sociale. Cédric, quant à lui, se dit chanceux : il bénéficiera d’un logement social en février prochain et logera dans une chambre pour un coût d’une cinquantaine d’euros par mois. L’occasion pour lui de prendre un nouveau départ et de chercher un emploi de façon plus sereine : "J’ai déposé beaucoup de CV mais personne ne m’a répondu ; ils doivent me prendre pour un clochard. Quand j’aurai un logement fixe, ce sera sans doute plus facile."

Sadi Carnot est un foyer parmi tant d’autres même si les locaux y sont sans doute encore plus vétustes. "L’hébergement d’urgence ne se limite pas au foyer Sadi Carnot, témoigne Anne Maréchal, directrice de la structure. Dijon compte aussi un foyer pour l’hébergement de familles : 123 personnes au total. Nous travaillons avec diverses associations comme le Samu Social ou la Croix Rouge..." Tous les établissements sont subventionnés pat l’Etat.Tandis que l’hiver fait rage, les naufragés de la rue dorment au chaud à Sadi Carnot. Dès 8h, le lendemain, il leur faudra partir puis revenir et espérer des jours meilleurs...

17.10.2009

SDF : un centre ferme

Publié le 17/10/2009 09:08 | Louis Dabir - Ladepeche.fr

Hier, les portes du foyer d'hébergement Riquet étaient closes. Pendant deux semaines, l'établissement sera fermé pour cause de travaux. Cette décision indigne Louis Quentin porte-parole des Enfants de Don Quichotte à Toulouse qui s'inquiète pour les SDF du centre : « C'est gens n'ont pas de solution pour les prochains jours. C'est inacceptable ». L'établissement accueille 38 personnes et au moment de quitter les lieux à 8 heures, 12 d'entre elles n'avaient toujours pas trouvé de toit. « Nous avons retrouvé quatre personnes qui s'étaient dirigées vers la gare et nous sommes allés à la DDASS pour exiger qu'ils couchent dans des chambres d'hôtel. Il faut que les 8 autres soient aussi relogés. Nous voulons un engagement ferme de la DDASS, et pas seulement jusqu'à lundi. Pour toute la semaine prochaine ».

Tous relogés

Mal embarquées, les choses se sont pourtant arrangées. « Nous avons anticipé ces fermetures au maximum. Tous les SDF seront relogés jusqu'à lundi à l'hôtel », affirme la préfecture de Haute-Garonne avant d'ajouter, que « ceux qui n'ont pas trouvé de places dans les autres foyers de Toulouse seront hébergés dans des chambres d'hôtel jusqu'au 2 novembre, date de la réouverture du centre d'hébergement Riquet ». De son côté, le NPA 31 par l'intermédiaire de Myriam Martin, son porte-parole, dénonce « une incurie des autorités » et réclame une « vraie politique du logement d'urgence » qui, selon elle, « n'existe pas ». Tout cela sera en tout cas discuté le 29 octobre lors d'une conférence sur le logement d'urgence en présence du préfet de Haute-Garonne.

03.10.2009

Le centre d’hébergement rutilant est bondé

En Floride, l’éternel espoir du rebond

Le Monde Diplomatique - Aout 2009

« Avant on était plein. Maintenant on est saturé, au point qu’on refuse du monde », s’alarme M. Tony Merritt, le responsable des stocks du Community Partnership for Homelessness (CPHI). Ouvert il y a quinze ans à Miami, ce centre d’hébergement pour sans-abri fait pourtant la fierté des autorités locales. Les deux tiers de son budget annuel de 12 millions de dollars reposent sur une taxe de 1 % prélevée auprès des hôteliers, des restaurateurs et des professionnels du tourisme, un système unique aux Etats-Unis. « Oui, c’est presque du socialisme », s’amuse M. Merritt.

 Associée aux donations privées, cette manne publique a permis au centre de se doter de plusieurs travailleurs sociaux, d’un médecin, d’un dentiste, d’un psychologue, et même d’une responsable des relations publiques, ancienne journaliste à Cable News Network (CNN), qui assure la promotion des lieux avec une compétence épanouie. « Miami est l’une des villes américaines qui comptent le moins de SDF [sans-domicile-fixe] dans la rue », assure-t-elle.

Certains pensionnaires en doutent. Comme cet électricien au chômage qui réclame en vain une cigarette : « C’est vrai qu’il y a peut-être moins de monde sous les ponts, parce qu’on y meurt, mais on est de plus en plus nombreux à zoner d’un endroit à l’autre sans pouvoir rester quelque part. » Malgré un financement à faire rêver les foyers français, le CPHI de Miami ne peut guère offrir mieux que des dortoirs de quatre-vingts places à ses quatre cents pensionnaires, avec réveil au clairon à 6 heures du matin. Dans l’aile réservée aux familles, les conditions d’hébergement s’avèrent un peu moins draconiennes. Mais c’est aussi là que l’affluence est la plus pressante.

Mme Elizabeth von Werne, la directrice du service social du CPHI, s’inquiète du nombre toujours croissant de familles jetées à la rue en raison de saisies immobilières et de suppressions d’emplois : « On a mené une enquête en janvier, qui établit que seulement 3 % des familles hébergées dans le centre y sont arrivées pour des problèmes de drogue ou d’alcool. C’est du jamais-vu. La raison essentielle, et de loin, qui explique la situation de nos pensionnaires, ce sont les licenciements. Un grand nombre d’entre eux sont des migrants venus du nord des Etats-Unis après la fermeture de leurs usines. Ils pensaient trouver de meilleures perspectives de vie en Floride, et les voilà SDF. » Selon un rapport de l’organisation fédérale The National Center on Family Homelessness, l’« Etat du soleil » comptait en mars cinquante mille enfants sans abri.

Olivier Cyran

23.09.2009

1 mort dans un incendie d'un centre d'accueil de SDF à Nanterre: que s'est-il passé?

"C'est un membre du personnel de l'hôpital qui l'a trouvé inanimé dans son lit" nous dit la police ce mardi.

Ce mardi matin, un peu avant 6 heures, un incendie s’est déclaré dans le Centre d'accueil et de soins hospitaliers (CASH) Max-Fourestier, à Nanterre (Hauts-de-Seine), selon Le Parisien.

"C'est une antenne d'accueil de SDF de l'hôpital Max-Fourestier qui accueille des personnes sans domicile fixe" nous précise la police.

Le feu a pris dans la chambre d'un pensionnaire, précise Le Parisien, et ne s'est pas étendu au reste du bâtiment, "pas même à toute la chambre" nous dit la police.

Un incendie qui a fait un mort, l’occupant de la chambre, "un homme d'un certain âge" selon la police.

"On ne connaît pas l'heure du départ de feu, on sait seulement qu'un membre du personnel a trouvé cet homme inanimé dans son lit, asphyxié et brûlé" nous dit encore la police.

Selon Europe 1, l’origine du sinistre pourrait être un mégot de cigarette mal éteint.

"On pense en effet que l'incendie a pu partir d'un mégot, car, d'après le personnel, cet homme avait l'habitude de fumer dans son lit, malgré l'interdiction et les nombreuses recommandations des médecins" nous précise encore la police.

Au moment du sinistre, "une quarantaine de personnes qui se trouvaient dans le hall ont été évacuées" nous précise-t-elle encore.

Une enquête est en cours pour déterminer les circonstances et les causes du décès de cet homme.


source : lePost.fr

17.03.2009

Un nouveau bâtiment pour l’accueil d’urgence

Financé par Emmaüs, ce nouvel établissement toulousain est géré par la Croix-Rouge...

Metro - 15-03-2009 21:16

Le CHUS (centre d’hébergement d’urgence sociale Abbé-Pierre, situé en face du golf de La Ramée et inauguré samedi, est le premier du genre à Toulouse : c’est en effet la première fois dans la Ville rose que l’on construit un centre d’hébergement pour les personnes se trouvant à la rue. Jusqu’à présent, les structures devaient trouver des logements dans des immeubles déjà existants. “Dans ce domaine, Tou­louse est largement en retard. On sait que 1 500 personnes dorment dans la rue tous les jours. Les structures d’accueil existantes ne couvrent pas les besoins”, regrette Jean-Pierre Ramé, administrateur d’Emmaüs. L’association de l’abbé Pierre a financé en intégralité le nouveau CHUS, qui s’étale sur 1 000 m² et qui peut accueillir 52 personnes. Depuis le 23 février, date à laquelle les locaux ont été investis, quarante-cinq personnes se trouvant sans logement fixe empruntent tous les soirs la ligne de bus 67 jusqu’au centre d’hébergement : ici, elles peuvent prendre une collation, une dou­che, un repas chaud et un petit déjeuner, après avoir dormi dans l’une des nombreuses chambres à deux ou quatre lits. Une bibliothèque et une salle de télévision sont aussi à disposition. Même des boxes pour les chiens sont prévus à l’extérieur. “C’est le 115 (numéro d’urgence) qui nous envoie la liste des personnes, seulement des hom­mes, que l’on doit accueillir”, ajoute un membre de la Croix-Rouge, qui assure l’accueil au CHUS.

1,3
C’est, en million d’euros, le coût du bâtiment financé par Emmaüs grâce à ses fonds propres, un emprunt sur vingt ans et des subventions européen­nes. La mairie de Toulouse a donné le terrain de 5 000 m².

Parmi les bénéficiaires, 33% sont des “travailleurs pauvres”. Une statistique qui laisse à penser malheureusement que de nouvelles structures comme celles du CHUS Abbé-Pierre risquent encore de voir le jour à Toulouse.

13.03.2009

Toulouse : camping d'urgence sur le Capitole

Libération - 13/03/2009

SOCIÉTÉ. La Croix Rouge et Médecins du Monde montent les tentes. Les camions d’Emmaüs installent les tables, les matelas et font chauffer les litres de cafés.

Hier jeudi 12 mars, à l’appel du Groupe pour la défense du travail social (GPS) et de la Fédération nationale des associations d’accueil de réinsertion sociale (Fnars), les travailleurs sociaux de Midi Pyrénées ont transformé la place du Capitole en terrain de camping sauvage.

Ils entendent ainsi protester contre les coupes budgétaires dans les budgets de fonctionnement des structures d’hébergement d’urgence.

16h place du Capitole. La manifestation des travailleurs sociaux n’a pas d’itinéraire à indiquer aux fonctionnaires de Renseignements Généraux. Elle s’installe en effet pour la nuit devant l’Hôtel de ville. En deux temps, trois mouvements les urgentistes de Médecins du Monde et de la Croix Rouge tendent les toiles sous lesquelles les manifestants vont camper pour la nuit.

Campig«Cette action est  un cri de désespoir», explique Denis René Valverde, le président de la Fédération nationale des associations d’accueil et de réinsertion sociale (Fnars) Midi-Pyrénées, la structure qui regroupe 92 structures d’hébergement dont le 115 : «Notre budget à été réduit de 12% cette année, dit-il. Il est passé de 32 millions d’euros à 28 millions. Résultat : beaucoup de travailleurs sociaux vont être licenciés alors que la crise économique précipite de plus en plus de gens dans la rue. Nicolas Sarkozy avait pourtant promis le contraire».

Plus loin, Geneviève, membre de l’équipe de Médecins du Monde a prévu elle aussi de passer cette nuit à la dure. «C’est grave, dit-elle. Des centres d’accueil comme celui réservé aux familles, Chemin du Prat Long, sont menacés de fermeture dans les prochaines semaines. Les budgets vont être réduits alors que nous n’arrivons pas à faire face aux demandes d’hébergement d’urgence. Toutes les nuits des personnes dorment dans la rue même après avoir appelé le 115».

«Trop de précarité : Attention ça va péter ». C’est l’avertissement lancé en grosses lettres sur la pancarte d’Andrée. Travailleur social pour un salaire de 1400 euros mensuel, la jeune femme intervient au centre d’hébergement de l’association pour l’initiative autonome des femmes (Apiaf), une structure de 52 places, spécialisée dans l’accueil des femmes victimes de violences conjugales. «La réduction des budgets va balayer tout notre travail d’accompagnement, explique-t-elle. L’écoute, le suivi judiciaire, la réinsertion... On nous oblige à laisser les gens dans leurs souffrances ».

«Le public se transforme en simple usager, comme dans un supermarché, reprend Evelyne, l’une de ses collègues. Voilà où mène la gestion ultralibérale de ce gouvernement. En temps de crise, il aide les banques sans se préoccuper des plus précaires. C’est la fin de l’État providence».

Au terme de cette nuit de camping ponctuée d’assemblée générale, une délégation de travailleurs sociaux devait être reçue à la Préfecture.

J-M.E

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